Entreprendre en CAE (Coopérative d’Activités et d’Emploi) c’est être freelance et décider d’être aussi bien protégée par « l’Etat Providence » que ses ami.e.s salarié.e.s !

Et grande nouvelle, ce statut existe depuis plus de 20 ans ! Malheureusement, nous sommes encore trop peu à le connaître et à en bénéficier…

Pour ma part, j’ai choisi la CAE Vecteur Activités à Grenoble. C’est une entreprise que je partage avec 40 autres professionnels de secteurs très variés : informaticiens, artisans d’art, traducteurs, professionnels de l’image, électroniciens, accordeur de piano, etc. Nous développons nos activités seul.e.s ou à plusieurs. Nous mutualisons les fonctions administratives, en salariant une personne qui s’occupe de la gestion et de l’animation interne de la coopérative. Et surtout, nous partageons des valeurs communes de solidarité et d’entraide, pas si courantes dans le milieu des entrepreneur.e.s !

Voici comment ma coopérative se présente sur son site Internet :

Née au début des années 2000, « Vecteur Activités » est une coopérative qui adhère au mouvement des coopératives d’activités et d’emploi, et s’inscrit dans le champ de l’économie sociale et solidaire. Multi-activité et ouverte, « Vecteur Activités » propose à tout·e professionnel·le, qu’il soit graphiste ou coiffeur à domicile, consultant ou e-commerçant, développeur informatique ou photographe, d’intégrer librement la coopérative, d’apporter son savoir-faire et de développer en autonomie une activité économique lui permettant de se constituer des revenus directs et de la protection sociale.

Entreprendre en CAE : la liberté au quotidien

Entreprendre en CAE, c’est d’abord être sa propre patronne. Nous jouissons d’une totale liberté dans notre manière d’entreprendre. Évidemment nous devons respecter la loi française et les modalités de fonctionnement de notre entreprise partagée.

Freelance ?

Freelance, oui nous le sommes. Car nous exécutons nous-même individuellement l’intégralité du cycle de vente de nos services ou produits, de la prospection jusqu’à la livraison en passant par la réalisation. Nous avons la possibilité, comme n’importe quelle entreprise, de sous-traiter les volets de la mission qui dépassent nos compétences. Nous pouvons également embaucher en CDD pour du renfort ponctuel.

Travailleuse autonome ?

Autonomes, nous le sommes également. Nous organisons nous-même notre temps de travail, nos process et si besoin nos recrutements, dans le cadre de notre activité.

Mais pas indépendante

Hé non, pas au sens juridique du terme, car nous avons un véritable statut de salarié.e. Et c’est là, l’un des principaux intérêts de ce statut. Mais pas que…

Et pas toute seule !

Non pas toute seule et c’est l’une des valeurs ajoutées hyper stimulante d’entreprendre en CAE ! Faire partie d’un collectif d’entrepreneur.e.s, et se sentir moins seul.e lorsqu’on butte sur une problématique de l’entrepreneuriat. Même avec des métiers différents, les questionnements face au développement de son business sont identiques : prospecter, vendre, rédiger un contrat et le faire respecter, communiquer sur son offre, etc.

Chaque mois, une fiche de paie de salarié.e

Un statut de salarié.e, ça simplifie vraiment la vie quotidienne !

Soyons pragmatiques, vous en avez sans doute déjà fait l’expérience :

  • fiche de paie = banquier content !
  • pas de fiche paie = tout devient plus compliqué…

Il y a 5 ans quand ma fidèle Clio m’a lâchée, j’ai facilement pu obtenir un petit crédit pour acheter une nouvelle voiture. Et lorsqu’on a trouvé la maison, je me suis épargnée un tas de paperasse et de délais supplémentaires d’examen grâce au précieux sésame : la fiche de paie !

L’accès aux droits sociaux des salarié.e.s

Parfois dans la vie on a besoin de la solidarité nationale. On peut tomber malade, attendre un enfant, ne plus pouvoir exercer son activité pour diverses raisons… Et en la matière, le statut de travailleur indépendant est loin d’être le plus protecteur. En résumé, il faut cotiser énormément (entendez par là des sommes conséquentes) pour être très mal couvert (voire pas du tout) en cas de pépin de la vie.

Quand je me suis lancée à mon compte fin 2008, le monde entier était secoué par la crise financière. Je n’étais vraiment pas sûre que je réussirai à développer suffisamment mon activité pour en vivre. Aussi, parmi tous les statuts juridiques possibles pour monter sa boîte en France, entreprendre en CAE en devenant salariée de mon activité m’est apparu comme une solution sécurisante, au moins pour démarrer. Avoir accès aux droits sociaux des salarié.e.s a été un argument fort en faveur de la CAE.

Voici quelques exemples concrets de ce que ça signifie :

  • pour nous mesdames, un vrai congé maternité indemnisé par la Sécurité Sociale selon les mêmes barèmes que n’importe quelle autre salariée en France VS une indemnité fixe et sans rapport avec son revenu antérieur pour nos amies libérales et indépendantes ;
  • pour tous, une couverture sécurité sociale avec la même indemnisation de l’arrêt maladie que les salarié.e.s VS une indemnité journalière ridiculement faible et intenable en cas d’arrêt qui se prolonge ;
  • en cas de cessation de l’activité, les droits au chômage sont ouverts comme pour n’importe quel.le salarié.e VS pas de droits au chômage pour les gérants non salariés des entreprises.

Combien ça coûte d’entreprendre en CAE ?

C’est sans doute la question qu’on me pose en premier quand je présente le statut que j’ai choisi : entreprendre en CAE.

Quand mon père était encore en activité avec le statut de travailleur indépendant, ses différentes cotisations obligatoires représentaient environ 60% de son chiffre d’affaires HT, en comptant les impôts sur le revenu.

Hé bien dites-vous que pour mon activité de conseil en communication pour les professionnels, c’est entre 50 et 60% également de cotisations en tous genres. Sauf que les miennes incluent une véritable protection sociale (sécu + chômage).

En échangeant depuis toutes ces années avec d’autres personnes qui entreprennent sous des formes juridiques différentes, j’ai constaté que pour tout prestataire de services, quel que soit le statut choisi, il faut compter environ 50% du CA HT pour obtenir son revenu net avant impôts.

Entreprendre en CAE ne coûte donc pas plus cher que sous un autre statut. Et cette affirmation est encore plus vraie si l’on ajoute dans la balance la protection sociale du salarié à laquelle on a droit, contrairement aux autres entrepreneur.e.s.

Entreprendre en CAE : comment ça fonctionne ?

Je vends ma prestation à mes clients, que je facture sous l’immatriculation de la CAE, qui encaisse le paiement du client. Cela constitue ma trésorerie professionnelle.

Lorsque j’ai suffisamment d’argent en tréso, je me rembourse mes frais de production et de fonctionnement, puis je me paie son salaire. Chez Vecteur Activités, on lisse le salaire sur l’année pour éviter les gros mois et les tout petits mois, comme en entreprise de portage par exemple.

A la fin de l’année, si mon résultat est excédentaire, je peux m’octroyer une prime, augmenter mon salaire ou garder de l’argent en réserve pour les prochains mois.

Les charges de salaire

Qui dit salariat, dit payer les cotisations patronales et les charges salariales correspondant au salaire. C’est donc mon activité (et pas la coopérative) qui paye 100% de mon salaire. Le salaire net bien-sûr, plus tout ce qui est détaillé au-dessus et à droite sur la fiche de paie.

Si mon activité n’a plus les moyens de payer mon salaire, on réduit le salaire jusqu’à ce que ça aille mieux. En cas de départ de la coopérative, une rupture conventionnelle est établie et la prime de départ est financée par la trésorerie de notre activité.

Comme est financé le fonctionnement de la coopérative ?

Pour payer notre salariée, nos outils de gestion et le loyer de nos bureaux grenoblois, la coopérative peut compter sur les activités des coopérateurs. Un pourcentage de notre marge brute (CA – frais de production) est calculé chaque mois pour payer les frais de gestion. A la fin de l’année, les activités bénéficiaires des salarié.e.s participent également à la solidarité coopérative. Un pourcentage sur les bénéfices est voté chaque année par l’Assemblée Générale des associé.e.s.

Vecteur Activités est l’une des rares CAE à fonctionner en auto-gestion. La participation des coopérateurs à la gouvernance de la structure permet de s’impliquer dans le fonctionnement et de limiter les frais de personnel. Dans notre coopérative, les co-gérants sont également entrepreneur.e.s salarié.e.s et assurent leur mandat bénévolement.

Nous avons fait le choix depuis plusieurs années, de ne plus compter sur les subventions publiques pour l’aide à la création d’entreprise. Nous nous auto-finançons totalement. Evidemment il y a des années plus compliquées que d’autres, comme l’année dernière par exemple. Mais globalement nous nous en sortons.

Le parcours type en CAE : de petit nouveau à associé.e

Quand on entreprend en CAE, on commence sous contrat CAPE (Contrat d’Appui au Projet d’Entreprise) cumulable avec les indemnités de chômage. On peut ainsi commencer à vendre et à se faire rembourser ses frais. On ne touche pas de salaire à ce moment-là car c’est la période au cours de laquelle on construit sa trésorerie. A l’issue de ce contrat d’un an (renouvelable 2 fois), on décide si l’on signe un contrat de travail à durée indéterminée ou si l’on quitte la structure (avec sa tréso évidemment).

Depuis la loi ESS de 2014, lorsqu’on est membre d’une CAE depuis 3 ans, on doit en devenir associé.e. Dans les faits, cette obligation légale permet de décider si l’on reste ou si l’on s’en va. Si l’on souhaite poursuivre son développement au sein de la structure, on fait une demande d’entrée au sociétariat. Celle-ci doit être validée par l’Assemblée Générale des associé.e.s. On accède ainsi au droit de vote en AG, on devient éligible à la co-gérance et aux autres instances de gouvernance de la coopérative. Un pourcentage de notre salaire brut remonte chaque mois au capital de la coopérative. Et lorsqu’on quitte la structure, on récupère son capital après la clôture de l’exercice comptable. Légalement, la coopérative a 5 ans pour nous rembourser.

Avantages et inconvénients d’entreprendre en CAE

Les avantages

  • Vous l’aurez compris, le statut de salarié.e est de loin l’avantage n°1. En 2020, c’est grâce à ce statut de salarié.e.s que j’ai pu être aidée correctement par l’Etat en bénéficiant du chômage partiel pendant plusieurs mois. J’avoue que ça m’a sorti une grosse épine du pied, car j’ai perdu 70% de mon chiffre d’affaires l’année dernière, rien que ça…
  • L’appartenance à un collectif est le 2e argument fort intéressant de ce statut. Les échanges que l’on peut avoir avec nos collègues sont d’une richesse incroyable. Car même si l’on s’éclate dans son job, ce n’est pas facile tous les jours. La vie d’entrepeneur.e est faite de hauts et de bas. Aussi, pouvoir en discuter avec des personnes qui vivent les mêmes choses que nous, permet de mettre en perspective ses propres expériences.
  • Je délègue la gestion comptable (et tous les tracas qui vont avec) à notre salariée. Aucun contact avec l’URSSAF, le RSI et tutti quanti ! Je crois que beaucoup d’entrepreneur.e.s en rêvent…
  • Pas besoin de service bancaire professionnel ni d’assurance en responsabilité civile professionnelle ! Tout est inclus dans mes frais mensuels au sein de la structure.
  • Tous ensemble, nous avons le volume d’activité permettant la collecte de la TVA. Donc je la facture à mes clients et je la récupère sur mes achats. La plupart la collecte aussi, donc cela est intéressant pour chacune des parties. Là encore, sans effort de mon côté, puisque tout est géré par notre salariée.
  • Je bénéficie de l’accès aux bureaux de la coopérative pour travailler avec mes collègues ou recevoir mes clients, par exemple !

Les inconvénients

  • J’ai parfois besoin de la signature des co-gérants pour certaines démarches ou pour ouvrir un compte fournisseur… Honnêtement, ce n’est pas un inconvénient insurmontable.
  • Le n° de Siret n’étant pas à mon nom, je ne peux pas me faire référencer sur les Pages Jaunes… Mais ça ne me dérange plus aujourd’hui, puisque plus personne n’utilise cet annuaire pour trouver une chargée de communication ou une attachée de presse.
  • Certaines décisions peuvent prendre un peu plus de temps que si j’étais solo… Mais au moins on a le temps de bien réfléchir avant de s’engager 😉
  • Je dois consacrer du temps à ma structure pour participer à sa gouvernance… Ça fait un bien fou de lever la tête du guidon et de penser à autre chose qu’à mes clients, une fois de temps en temps !
  • Si j’ai besoin d’investir, je n’ai pas accès aux prêts bancaires professionnels classiques. Soit ma trésorerie me le permet, soit je dois financer personnellement (et me faire rembourser ensuite par ma tréso). Mais sous certaines conditions, je peux avoir accès au micro-crédit. J’en ai d’ailleurs bénéficié il y a quelques années pour renouveler mon matériel informatique et ça a très bien fonctionné.

Entreprendre en CAE : mon statut chouchou pour la prestation de services

Je conçois que ce statut puisse ne pas convenir à tous les projets, mais c’est un statut d’entrepreneure tout à fait adapté à mon agence de communication. Depuis 12 ans, j’ai beau chercher, je n’ai pas trouvé mieux pour entreprendre sereinement « en solo ». Et ma récente maternité en pleine année Covid, m’a encore confirmé que j’avais fait le bon choix, si cela était nécessaire !

Avoir choisi d’entreprendre en CAE m’offre une grande sérénité. Une tranquillité d’esprit qui me permet de me consacrer à 200% à mes clients ! Et si nous construisions ensemble votre communication ?


Photos Unsplash : Gary Meulemans, Jules Marchioni, Adam Jang, Annie Spratt, Tim Foster